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Creepshow
Recueilli par David Angevin

Paris, le 15 septembre. On retrouve Radiohead dans l'apres-midi a Canal+ ou vient de s'achever la balance de la prestation du soir a "Nulle Part Ailleurs". tout le monde est la sauf Thom (qui s'est eclipse en douce), et le groupe goute cette belle journee a la terrasse ensoleille du restaurant du coin. Colin a les tres tires mais s'interesse de tres pres a notre picture-disc de Tony March et ses Blousons Noirs. "Ce matin, j'ai achete l'integrale de Serge Gainsbourg, dit-il. c'est le meme genre ?" Ed O'Brien et Phil Selway prennent le soleil a l'ecart, repondant sans entrain aux questions de journalistes excites. L'attachee de presse parvient a extraire Colin de notre tablee et le livre en pature a son journaliste. Dommage l'aine des Greenwood avait l'air en forme. En tout cas, plus que son frere, Jonny, blanc comme un linge et fracasse par trois mois de tournee harassante. Caches derriere sa longue meche de cheveux noirs, ses yeux rouges et globuleux font de breves et inquietantes apparitions. 
_ Ces gros festivals auquels vous avez participe, c'etait plaisant ?
- Jonny Greenwood : (il souffle) Franchement, nous n'aimons pas beaucoup ca. Nous aurions pu jouer dans une cinquantaine de festivals ces derniers mois mais nous avons choisi de n'en faire que quelques uns , comme Belfort, Glastonbury... La plupart des groupes jouent dans les festivals pour gagner de l'argent. Reading, par exemple, est un festival a argent. Si nous voulions, gagner beaucoup d'argent facilement, nous enchainerions ce genre de concerts grassement payes.
_ Ou vous auriez acceptez les 500 000 livres que Guinness vous proposait pour l'utilisation d'une de vos anciennes face B dans une publicite.
- J.G. : Par exemple. Devenir plein aux as n'est pas notre but.
_ Vous semblez etre un des rares groupes anglais a prendre du plaisir a jouer aux USA. On se trompe ? 
- J.G. : Je crois que tu as raison. Et c'est pour ca que nous y sommes populaires. La plupart des groupes anglais qui partent en tournee en Amerique y vont a reculons, sans reelle envie de tout donner. Les rockers anglais considerent souvent les americians comme des idiots, des pecores. Ce n'est pas toujours vrai (sourire)... Quand nous avons tourne avec R.E.M., c'etait surrealiste. Il faut imaginer ce que c'est que de traverser ce pays immense et dingue en bus. C'est fascinant et effrayant a la fois, et en tout cas interressant. On a joue dans le vieux Sud, des coins paumes comme l'Alabama... Les R.E.M. nous ont beaucoup appris dans le sens ou on a realise avec eux ce que signifiait etre un groupe organise et productif. Par exemple, utiliser le sound-check pour essayer de nouveaux titres, ce genre de choses... Par contre, la tournee avec Alanis Morrisette fut vraiment bizarre. Le public avait treize ans en moyenne et les kids n'etaient venus que pour elle. Pendant "Paranoid Android", les gamins pleuraient ou se bouchaient les oreilles. Nous n'etions pas leur tasse de the.
_ Vous allez tourner longtemps avec "OK computer" ? -
J.G. : Non, non (categorique). Nous sommes epuises. Le succes du disque nous a pris par surprise. En sortant du studio, jamais nous avons imagine que cet album puisse toucher les gens a ce point. Nous avions plutot le sentiment d'avoir signe notre arret de mort, d'avoir compose le requiem de Radiohead. Ce succes est donc une bonne surprise. Pour autant, nous avons decide de ne pas partir dans une tournee de promotion sans fin de "OK computer". Normalement, nous retournons en studio en decembre pour enregistrer du nouveau. D'ici la il y aura quelques concerts importants, comme Wembley.
_ Quel a ete le moment le plus fort pour vous depuis la sortie de l'album ?
- J.G. : (Il reflechit tres longtemps) Nous etions au Japon juste avant la sortie du disque pour donner des intreviews et jouer quelques gigs. Nous etions assis dans un grand magasin de disque et ils ont joue l'album sur la sono du magasin pendant que nous repondions aux questions des gens. C'etait la premiere fois que nous ecoutions "OK computer" en public. tous les membres du groupe se regardaient pendant "Airbag", l'air de dire : "Woowww ! Qu'est-ce que c'est bien ! C'est nous qui avons fait ca ?" Ca reste un souvenir tres fort pour nous. Ensuite il y a eu "Paranoid android"... Meme emotion enorme.
_ Pour beaucoup, Radiohead et Oasis sont les grands groupes des annees a venir, la releve de U2 et R.E.M. en quelque sorte... - J.G. : Non, je ne crois pas du tout. Je vois plutot un succes a la Pixies pour Radiohead. Enregistrer quelques tres bons disques et disparaitre, nous desintegrer... Nous faisons tout le contraire de ce qu'il faut pour devenir un groupe qui remplit les stades. "OK computer" est un disque difficile, sans single evident. Quand les gens de la maison de disques americaines ont entendu le disque, ils ont pousse des cris d'ofraies. Pour eux "OK computer" etait un disque invendable, un cauchemar. Ils n'ont rien compris. Ils s'attendaient a un "The bends" numero 2. Si le succes planetaire dont tu parles viens a nous, tant mieux. Mais nous ne ferons aucune concession pour aller dans le sens des radios.
_ Comment reagissent votre famille, vos amis ?
- J.G. : Ils sont heureux pour nous, ils savent qu'on a bosse dur pour en arriver la. Quant a ma mere, elle ne sait pas vraiment de quoi il s'agit. Deux de ses fils sont membres de Radiohead mais elle a 70 ans et elle n'a aucune idee de ce que nous jouons. Elle nous a donne une education musicale classique. Elle m'a demande si les gens s'asseyaient a des tables pendant nos concerts (rires). Ed et moi, on va l'ammener a Paris pour notre date au Zenith. Elle va etre surprise. Surement decue, aussi...Elle prefererait que je joue du Bach en smoking.